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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
prince des amandes; ils avaient consulté inutilement la célèbre académie des singes verts, et la fameuse société naturaliste des écureuils; puis enfin ils en étaient arrivés à tomber, écrasés de fatigue, sur la lisière de la grande forêt qui borde le pied des monts Himalaya, en se répétant, avec découragement, qu'ils n'avaient plus que cent vingt-deux jours pour trouver ce qu'ils avaient cherché inutilement pendant quatorze ans et cinq mois.
Si je vous racontais, mes chers enfants, les aventures miraculeuses qui arrivèrent aux deux voyageurs pendant cette longue pérégrination, j'en aurais moi-même pour un mois au moins à vous réunir tous les soirs, ce qui finirait certainement par vous ennuyer. Je vous dirai donc seulement que Christian-Élias Drosselmayer, qui était le plus acharné à la recherche de la fameuse noisette, puisque de la fameuse noisette dépendait sa tête, s'étant livré à plus de fatigues et s'étant exposé à plus de dangers que son compagnon, avait perdu tous ses cheveux, l'occasion d'un coup de soleil reçu sons l'équateur, et l'oeil droit, à la suite d'un coup de flèche que lui avait adressé un chef caraïbe; de plus, sa redingote jaune, qui n'était déjà plus neuve lorsqu'il était parti d'Allemagne, s'en allait littéralement en lambeaux. Sa situation était donc des plus déplorables, et cependant, tel est chez l'homme l'amour de la vie, que, tout détérioré qu'il était par les avaries successives qui lui étaient arrivées, il voyait avec une terreur toujours croissante le moment d'aller se remettre entre les mains du roi.
Cependant, le mécanicien était homme d'honneur; il n'y avait pas à marchander avec une aussi solennelle que l'était la sienne. Il résolut donc, quelque chose qu'il pût lui en coûter, de se remettre en route dès le lendemain pour l'Allemagne. En effet, il n'y avait pas de temps à perdre, quatorze ans et cinq mois s'étaient écoulés, et les deux voyageurs n'avaient plus que cent vingt-deux jours, ainsi que nous l'avons dit, pour revenir dans la capitale du père de la princesse Pirlipate.
Christian-Élias Drosselmayer fit donc part à son ami l'astrologue de sa généreuse résolution, et tous deux décidèrent qu'ils partiraient le lendemain matin.
En effet, le lendemain, au point du jour, les deux voyageurs se remirent en route, se dirigeant sur Bagdad; de Bagdad, ils gagnèrent Alexandrie; à Alexandrie, ils s'embarquèrent pour Venise; puis, de Venise, ils gagnèrent le Tyrol, et, du Tyrol, ils descendirent dans le royaume du père de Pirlipate, espérant tout doucement, au fond du coeur, que ce monarque serait mort, ou, tout au moins, tombé en enfance.
Mais, hélas! il n'en était rien: en arrivant dans la capitale, le malheureux mécanicien apprit que le digne souverain, non-seulement n'avait perdu aucune de ses facultés intellectuelles, mais encore qu'il se portait mieux que jamais; il n'y avait donc aucune chance pour lui, - à moins que la princesse Pirlipate ne se fût guérie toute seule de sa laideur, ce qui n'était pas possible, ou que le coeur du roi ne se fût adouci, ce qui n'était pas probable, - d'échapper au sort affreux qui le menaçait.
Il ne s'en présenta pas moins hardiment à la porte du palais; car il était soutenu par cette idée qu'il faisait une action héroïque, et demanda à parler au roi.
Le roi, qui était un prince très-accessible et qui recevait tous ceux qui avaient affaire à lui, ordonna à son grand introducteur de lui amener les deux étrangers.
Le grand introducteur fit alors observer à Sa Majesté que ces deux étrangers avaient fort mauvaise mine, et étaient on ne peut plus mal vêtus. Mais le roi répondit qu'il ne fallait pas juger le coeur par le visage, et que l'habit ne faisait pas le moine.
Sur quoi, le grand introducteur, ayant reconnu la réalité de ces deux proverbes, s'inclina
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