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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
Mais la reine, de son côté, vint s'agenouiller prés de Drosselmayer, et fit observer à son auguste époux qu'en tranchant la tête au mécanicien, on perdait jusqu'à cette lueur d'espoir que l'on conservait en le laissant vivre; que toutes les probabilités étaient que celui qui avait trouvé l'horoscope trouverait la noisette et le casse-noisette; qu'on devait d'autant plus croire à cette nouvelle prédiction de l'astrologue, qu'aucune de ses prédictions ne s'était réalisée jusque-là, et qu'il fallait bien que ses prédictions se réalisassent un jour, puisque le roi, qui ne pouvait se tromper, l'avait nommé son grand augure; qu'enfin la princesse Pirlipate, ayant trois mois peine, n'était point en âge d'être mariée, et ne le serait probablement qu'à l'âge de quinze ans, que, par conséquent, maître Drosselmayer et son ami l'astrologue avaient quatorze ans et neuf mois devant eux pour chercher la noisette Krakatuk et le jeune homme qui devait la casser; que, par conséquent encore, on pouvait accorder à Christian-Élias Drosselmayer un délai, au bout duquel il reviendrait se remettre entre les mains du roi, qu'il fût ou non possesseur du double remède qui devait guérir la princesse: dans le premier cas, pour être décapité sans miséricorde; dans le second, pour être récompensé généreusement.
Le roi, qui était un homme très-juste, et qui, ce jour-l surtout, avait parfaitement dîné de ses deux mets favoris, c'est-à-dire d'un plat de boudin et d'une purée de foie, prêta une oreille bienveillante à la prière de sa sensible et magnanime épouse, il décida donc qu'à l'instant même le mécanicien et l'astrologue se mettraient à la recherche de sa noisette et du casse-noisette, recherche pour laquelle il leur accordait quatorze ans et neuf mois; mais cela, à la condition qu' l'expiration de ce sursis, tous deux reviendraient se remettre en son pouvoir, pour, s'ils revenaient les mains vides, qu'il fût fait d'eux selon son bon plaisir royal.
Si, au contraire, ils rapportaient la noisette Krakatuk, qui devait rendre à la princesse Pirlipate sa beauté primitive, ils recevraient, l'astrologue, une pension viagère de mille thalers et une lunette d'honneur, et le mécanicien, une épée de diamants, l'ordre de l'Araignée d'or, qui était le grand ordre de l'État, et une redingote neuve.
Quant au jeune homme qui devait casser la noisette, le roi en était moins inquiet, et prétendait qu'on parviendrait toujours se le procurer au moyen d'insertions réitérées dans les gazettes indigènes et étrangères.
Touché de cette magnanimité, qui diminuait de moitié la difficulté de sa tâche, Christian-Élias Drosselmayer engagea sa parole qu'il trouverait la noisette Krakatuk, ou qu'il reviendrait, comme un autre Régulus, se remettre entre les mains du roi.
Le soir même, le mécanicien et l'astrologue quittèrent la capitale du royaume pour commencer leurs recherches.
Comment le mécanicien et l'astrologue parcoururent les quatre parties du monde et en découvrirent une cinquième, sans trouver la noisette Krakatuk.
Il y avait déjà quatorze ans et cinq mois que l'astrologue et le mécanicien erraient par les chemins, sans qu'ils eussent rencontré vestige de ce qu'ils cherchaient. Ils avaient visit d'abord l'Europe, puis ensuite l'Amérique, puis ensuite l'Afrique, puis ensuite l'Asie; ils avaient même découvert une cinquième partie du monde, que les savants ont appelée depuis la Nouvelle-Hollande, parce qu'elle avait été découverte par deux Allemands; mais, dans toute cette pérégrination, quoiqu'ils eussent vu bien des noisettes de différentes formes et de différentes grosseurs, ils n'avaient pas rencontré la noisette Krakatuk. Ils avaient cependant, dans une espérance, hélas! infructueuse, passé des années à la cour du roi des dattes et du
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