bibliotheq.net - littérature française
 

Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette

Énéide, demandez-moi la Jérusalem délivrée, et je passerai encore par là; mais un conte!
Peste! Perrault est un bien autre homme qu'Homère, que Virgile et que le Tasse, et le Petit

Poucet
une création bien autrement originale qu'Achille, Turnus ou Renaud.

- Nous ne voulons point de poème épique, crièrent les enfants tout d'une voix, nous voulons un conte!

- Mes chers enfants, si...

- Il n'y a pas de si; nous voulons un conte!

- Mais, mes petits amis...

- Il n'y a pas de mais; nous voulons un conte! nous voulons un conte! nous voulons un conte! reprirent en
choeur toutes les voix, avec un accent qui n'admettait pas de réplique.

- Eh bien, donc, repris-je en soupirant, va pour un conte.

- Ah! c'est bien heureux! dirent mes persécuteurs.

- Mais je vous préviens d'une chose, c'est que le conte que je vais vous raconter n'est pas de moi.

- Qu'est-ce que cela nous fait, pouvu qu'il nous amuse?

J'avoue que je fus un peu humilié du peu d'insistance que mettait mon auditoire à avoir une oeuvre
originale.

- Et de qui est-il, votre conte, Monsieur! dit une petite voix appartenant sans doute à une organisation
plus curieuse que les autres.

- Il est d'Hoffmann, Mademoiselle. Connaissez-vous Hoffmann?

- Non, Monsieur, je ne le connais pas.

- Et comment s'appelle-t-il, ton conte? demanda, du ton d'un gaillard qui sent qu'il a le droit d'interroger,
le fils du maître de la maison.

- Le Casse-Noisette de Nuremberg, répondis-je en toute humilité. Le titre vous convient-il, mon
cher Henri?

- Hum! ça ne promet pas grand'chose de beau, ce titre-là. Mais, n'importe, va toujours; si tu nous ennuies,
nous t'arrêterons et tu nous en diras un autre, et ainsi de suite, je t'en préviens, jusqu'à ce que tu nous en

dises un qui nous amuse.

- Un instant, un instant; je ne prends pas cet engagement-là. Si vous étiez de grandes personnes, à la
bonne heure.

- Voilà pourtant nos conditions, sinon, prisonnier à perpétuité.

- Mon cher Henri, vous êtes un enfant charmant, élevé à ravir, et cela m'étonnera fort si vous ne devenez
pas un jour un homme d'État très-distingué; déliez-moi, et je ferai tout ce que vous voudrez.

- Parole d'honneur?

< page précédente | 3 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.