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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette

Marie regardait le parrain Drosselmayer avec des yeux de plus en plus hagards; car il lui semblait encore
plus hideux que d'habitude. Elle aurait eu une peur atroce du parrain, si sa mère n'eût été présente, et si

Fritz, qui venait d'entrer, n'eût interrompu cette étrange chanson par un éclat de rire. - Sais-tu bien,

parrain Drosselmayer, lui dit Fritz, que tu es extrêmement bouffon aujourd'hui? Tu fais des gestes

comme mon vieux polichinelle, que j'ai jeté derrière le poêle, sans compter ta chanson, qui n'a pas le sens

commun.

Mais la présidente demeura fort sérieuse.

- Cher monsieur le conseiller de médecine, dit-elle, voilà une singulière plaisanterie que celle que vous
nous faites là, et qui me semble n'avoir d'autre but que de rendre Marie plus malade encore qu'elle ne

l'est.

- Bah! répondit le parrain Drosselmayer, ne reconnaissez-vous pas, chère présidente, cette petite chanson
de l'horloger que j'ai l'habitude de chanter quand je viens raccommoder vos pendules?

Et, en même temps, il s'assit tout contre le lit de Marie, et lui dit précipitamment:

- Ne sois pas en colère, chère enfant, de ce que je n'ai pas arraché de mes propres mains les quatorze
yeux du roi des souris; mais je savais ce que je faisais, et aujourd'hui, comme je veux me raccommoder

avec toi, je vais te raconter une histoire.

- Quelle histoire? demanda Marie.

- Celle de la noix Krakatuk et de la princesse Pirlipate. La connais-tu?

- Non, mon cher petit parrain, répondit la jeune fille, que cette offre raccommodait à l'instant même avec
le mécanicien. Raconte donc, raconte.

- Cher conseiller, dit la présidente, j'espère que votre histoire ne sera pas aussi lugubre que votre chanson.

- Oh! non, chère présidente, répondit le parrain Drosselmayer; elle est, au contraire, extrêmement
plaisante.

- Raconte donc, crièrent les enfants, raconte donc.

Et le parrain Drosselmayer commença ainsi:

HISTOIRE DE LA NOISETTE KRAKATUK ET DE LA PRINCESSE PIRLIPATE

Comment naquit la princesse Pirlipate, et quelle grande joie cette naissance donna à ses illustres
parents.

Il y avait, dans les environs de Nuremberg, un petit royaume qui n'était ni la Prusse, ni la Pologne, ni la
Bavière, ni le Palatinat, et qui était gouverné par un roi.

La femme de ce roi, qui, par conséquent, se trouvait être une reine, mit un jour au monde une petite fille,
qui se trouva, par conséquent, princesse de naissance, et qui reçut le nom gracieux et distingué de

Pirlipate.

On fit aussitôt prévenir le roi de cet heureux événement. Il accourut tout essoufflé, et, en voyant cette
jolie petite fille couchée dans son berceau, la satisfaction qu'il ressentit d'être père d'une si charmante

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