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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette

que le terrible projectile atteignit le roi des souris, qui roula dans la poussière. Au même instant, roi et
armée, vainqueurs et vaincus, disparurent comme anéantis. Marie ressentit à son bras blessé une douleur

plus vive que jamais; elle voulut gagner un fauteuil pour s'asseoir; mais les forces lui manquèrent, et elle

tomba évanouie.

La maladie

Lorsque Marie se réveilla de son sommeil léthargique, elle était couchée dans son petit lit, et le soleil
pénétrait radieux et brillant à travers ses carreaux couverts de givre. A côté d'elle était assis un étranger

qu'elle reconnut bientôt pour le chirurgien Wandelstern, et qui dit tout bas, aussitôt qu'elle eut ouvert les

yeux:

- Elle est éveillée!

Alors la présidente s'avança et considéra sa fille d'un regard inquiet et effrayé.

- Ah! chère maman, s'écria la petite Marie en l'apercevant, toutes ces affreuses souris sont-elles parties, et
mon pauvre Casse-Noisette est-il sauvé?

- Pour l'amour du ciel! ma chère Marie, ne dis plus ces sottises. Qu'est-ce que les souris, je te le demande,
ont faire avec le casse-noisette? mais toi, méchante enfant, tu nous as fait à tous grand-peur. Et tout cela

arrive cependant quand les enfants sont volontaires et ne veulent pas obéir à leurs parents. Tu as joué hier

fort avant dans la nuit avec tes poupées; tu t'es probablement endormie, et il est possible qu'une petite

souris t'ait effrayée; enfin, dans ta terreur, tu as donn du coude dans l'armoire à glace, et tu t'es tellement

coupé le bras, que M. Wandelstern, qui vient de retirer les fragments de verre qui étaient restés dans ta

blessure, prétend que tu as couru risque de te trancher l'artère et de mourir de la perte du sang. Dieu soit

béni que je me sois réveillée, je ne sais quelle heure, et que, me rappelant que je t'avais laissée au salon,

j'y sois rentrée. Pauvre enfant, tu étais étendue par terre, prés de l'armoire, et tout autour de toi, en

désordre, les poupées, les pantins, les polichinelles, les soldats de plomb, les bonshommes de pain

d'épice et les hussards de Fritz étendus pêle-mêle; tandis que, sur ton bras sanglant, tu tenais

Casse-Noisette. Mais, d'où vient que tu étais déchaussée du pied gauche, et que ton soulier était à trois ou

quatre pas de toi?

- Ah! petite mère, petite mère, répondit Marie en frissonnant encore à ce souvenir, c'était, vous le voyez
bien, les traces de la grande bataille qui avait eu lieu entre les poupées et les souris; et, ce qui m'a tant

effrayée, c'est de voir que les souris, victorieuses, allaient faire prisonnier le pauvre Casse-Noisette, qui

commandait l'armée des poupées. C'est alors que je lançai mon soulier au roi des souris; puis je ne sais

plus ce qui s'est passé.

Le chirurgien fit des yeux un signe à la présidente, et celle-ci dit doucement à Marie:

- Oublie tout cela, mon enfant, et tranquillise-toi. Toutes les souris sont parties, et le petit Casse-Noisette
est dans l'armoire vitrée, joyeux et bien portant.

Alors le président entra à son tour dans la chambre, et causa longtemps avec le chirurgien. Mais, de
toutes ses paroles, Marie ne put entendre que celle-ci:

- C'est du délire.

À ces mots, Marie devina que l'on doutait de son récit, et comme, elle-même, maintenant que le jour était

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