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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
Casse-Noisette avait voulu profiter de ce moment de repos pour rallier son armée; mais le terrible spectacle de la réserve anéantie avait glacé les plus fiers courages. Paillasse était pâle comme la mort; Arlequin avait son habit en lambeaux; une souris avait pénétré dans la bosse de Polichinelle, et, comme le renard du jeune Spartiate, lui dévorait les entrailles; enfin le colonel des hussards était prisonnier avec une partie de son régiment, et, grâce aux chevaux des malheureux captifs, un corps de cavalerie souriquoise venait de s'organiser.
Il ne s'agissait donc plus, pour l'infortuné Casse-Noisette, de victoire; il ne s'agissait même plus de retraite, il ne s'agissait que de mourir. Casse-Noisette se mit à la tête d'un petit groupe d'hommes, décidés comme lui à vendre chèrement leur vie.
Pendant ce temps, la désolation régnait parmi les poupées: mademoiselle Claire et mademoiselle Rose se tordaient les bras, et jetaient les hauts cris.
- Hélas! disait mademoiselle Claire, me faudra-t-il mourir à la fleur de l'âge, moi, fille de roi, destinée à un si bel avenir?
- Hélas! disait mademoiselle Rose, me faudra-t-il tomber vivante au pouvoir de l'ennemi; et ne me suis-je si bien conservée que pour être rongée par d'immondes souris?
Les autres poupées couraient éplorées, et leurs cris se mêlaient aux lamentations des deux poupées principales.
Pendant ce temps, les affaires allaient de plus mal en plus mal pour Casse-Noisette: il venait d'être abandonné du peu d'amis qui lui étaient restés fidèles. Les débris de l'escadron de hussards s'étaient réfugiés dans l'armoire; les soldats de plomb étaient entièrement tombés an pouvoir de l'ennemi; il y avait longtemps que les artilleurs étaient trépassés; la garde civique était morte comme les trois cents Spartiates, sans reculer d'un pas. Casse-Noisette était accolé contre le rebord de l'armoire, qu'il tentait en vain d'escalader: il lui eût fallu pour cela l'aide de mademoiselle Claire ou de mademoiselle Rose mais toutes deux avaient pris le parti de s'évanouir. Casse-Noisette fit un dernier effort, rassembla tous ses moyens, et cria, dans l'agonie du désespoir:
- Un cheval! un cheval! ma couronne pour un cheval!
Mais, comme la voix de Richard III, sa voix resta sans écho, ou plutôt elle le dénonça à l'ennemi. Deux tirailleurs se précipitèrent sur lui et le saisirent par son manteau de bois. Au même instant, on entendit la voix du roi des souris, qui criait par ses sept gueules:
- Sur votre tête, prenez-le vivant! Songez que j'ai ma mère venger. Il faut que son supplice épouvante les Casse-Noisettes venir!
Et, en même temps, le roi se précipita vers le prisonnier.
Mais Marie ne put supporter plus longtemps cet horrible spectacle.
- O mon pauvre Casse-Noisette! s'écria-t-elle en sanglotant; mon pauvre Casse-Noisette, que j'aime de tout mon coeur, te verrai-je donc périr ainsi!
Et, en même temps, d'un mouvement instinctif, sans se rendre compte de ce qu'elle faisait, Marie détacha son soulier de son pied, et, de toutes ses forces, elle le jeta au milieu de la mêlée, et cela si adroitement,
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