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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette
mais encore à ceux des parents, ce qui était une bien autre affaire. J'avais atteint le boudoir tant désiré, lorsque je m'aperçus, en y entrant, qu'il était momentanément transformé en réfectoire, et que des buffets gigantesques y étaient dressés tout chargés de pâtisseries et de rafraîchissements. Or, comme ces préparatifs gastronomiques m'étaient une nouvelle garantie que je ne serais pas dérang avant l'heure du souper, puisque le susdit boudoir était réserv à la collation, j'avisai un énorme fauteuil à la Voltaire, une véritable bergère Louis XV à dossier rembourré et à bras arrondis, une paresseuse comme on dit en Italie, ce pays des véritables paresseux, et je m'y accommodai voluptueusement, tout ravi à cette idée que j'allais passer une heure seul en tête-à-tête avec mes pensées, chose si précieuse au milieu de ce tourbillon dans lequel, nous autres vassaux du public, nous sommes incessamment entraînés.
Aussi, soit fatigue, soit manque d'habitude, soit résultat d'un bien-être si rare, au bout de dix minutes de méditation, j'étais profondément endormi.
Je ne sais depuis combien de temps j'avais perdu le sentiment de ce qui se passait autour de moi, lorsque tout à coup je fus tir de mon sommeil par de bruyants éclats de rire. J'ouvris de grands yeux hagards qui ne virent au-dessus d'eux qu'un charmant plafond de Boucher, tout semé d'Amours et de colombes, et j'essayai de me lever; mais l'effort fut infructueux, j'étais attaché à mon fauteuil avec non moins de solidité que l'était Gulliver sur le rivage de Lilliput.
Je compris à l'instant même le désavantage de ma position; j'avais été surpris sur le territoire ennemi, et j'étais prisonnier de guerre.
Ce qu'il y avait de mieux à faire dans ma situation, c'était d'en prendre bravement mon parti et de traiter à l'amiable de ma liberté.
Ma première proposition fut de conduire le lendemain mes vainqueurs chez Félix, et de mettre toute sa boutique à leur disposition. Malheureusement le moment était mal choisi, je parlais à un auditoire qui m'écoutait la bouche bourrée de babas et les mains pleines de petit pâtés.
Ma proposition fut donc honteusement repoussée.
J'offris de réunir le lendemain toute l'honorable société dans un jardin au choix, et d'y tirer un feu d'artifice composé d'un nombre de soleils et de chandelles romaines qui serait fixé par les spectateurs eux-mêmes.
Cette offre eut assez de succès près des petits garçons; mais les petites filles s'y opposèrent formellement, déclarant qu'elles avaient horriblement peur des feux d'artifice, que leurs nerfs ne pouvaient supporter le bruit des pétards, et que l'odeur de la poudre les incommodait.
J'allais ouvrir un troisième avis, lorsque j'entendis une petite voix flûtée qui glissait tout bas à l'oreille de ses compagnes ces mots qui me firent frémir:
- Dites à papa, qui fait des histoires, de nous raconter un joli conte.
Je voulus protester; mais à l'instant même ma voix fut couverte par ces cris:
- Ah! oui, un conte, un joli conte; nous voulons un conte.
- Mais, mes enfants, criai-je de toutes mes forces, vous me demandez la chose la plus difficile qu'il y ait au monde! un conte! comme vous y allez. Demandez-moi l'Iliade, demandez-moi l'
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