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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette

robe de soie. De son côté, le petit bonhomme, très-pâle et très-effrayé d'abord, paraissait confiant dans la
bonté de sa protectrice, et se rassurait peu à peu, en se sentant tout doucement bercé par elle. Alors Marie

s'aperçut que le parrain Drosselmayer regardait d'un air moqueur les soins maternels qu'elle donnait au

manteau de bois, et il lui sembla même que l'oeil unique du conseiller de médecine avait pris une

expression de malice et de méchanceté qu'elle n'avait pas l'habitude de lui voir. Cela fit qu'elle voulut

s'éloigner de lui.

Alors le parrain Drosselmayer se mit à rire aux éclats en disant:

- Pardieu! ma chère filleule, je ne comprends pas comment une jolie petite fille comme toi peut être aussi
aimable pour cet affreux petit bonhomme.

Alors Marie se retourna; et, comme, dans son amour du prochain, le compliment que lui faisait son
parrain n'établissait pas une compensation suffisante avec l'injuste attaque adressée à son casse-noisette,

elle se sentit, contre son naturel; prisé d'une grande colère, et cette vague comparaison qu'elle avait déj

faite de son parrain avec le petit homme au manteau de bois lui revenant à l'esprit:

- Parrain Drosselmayer, dit-elle, vous êtes injuste envers mon pauvre petit casse-noisette, que vous
appelez un affreux petit bonhomme; qui sait même si vous aviez sa jolie petite polonaise, sa jolie petite

culotte et ses jolies petites bottes, qui sait si vous auriez aussi bon air que lui?

A ces mots, les parents de Marie se mirent à rire, et le nez du conseiller de médecine s'allongea
prodigieusement.

Pourquoi le nez du conseiller de médecine s'était-il allong ainsi, et pourquoi le président et la présidente
avaient-ils éclaté de rire? C'est ce dont Marie, étonnée de l'effet que sa réponse avait produit, essaya

vainement de se rendre compte.

Or, comme il n'y a pas d'effet sans cause, cet effet se rattachait sans doute à quelque cause mystérieuse et
inconnue qui nous sera expliquée par la suite.

Choses merveilleuses.

Je ne sais, mes chers petits amis, si vous vous rappelez que je vous ai dit un mot de certaine grande
armoire vitrée dans laquelle les enfants enfermaient leurs joujoux. Cette armoire se trouvait à droite en

entrant dans le salon du président. Marie était encore au berceau, et Fritz marchait à peine seul quand le

président avait fait faire cette armoire par un ébéniste fort habile, qui l'orna de carreaux si brillants, que

les joujoux paraissaient dix fois plus beaux, rangés sur les tablettes, que lorsqu'on les tenait dans les

mains. Sur le rayon d'en haut, que ni Marie ni même Fritz ne pouvaient atteindre, on mettait les

chefs-d'oeuvre du parrain Drosselmayer. Immédiatement au-dessous était le rayon des livres d'images;

enfin, les deux derniers rayons étaient abandonnés à Fritz et à Marie, qui les remplissaient comme ils

l'entendaient. Cependant il arrivait presque toujours, par une convention tacite, que Fritz s'emparait du

rayon supérieur pour en faire le cantonnement de ses troupes, et que Marie se réservait le rayon d'en bas

pour ses poupées, leurs ménages et leurs lits. C'est ce qui était encore arrivé le jour de la Noël; Fritz

rangea ses nouveaux venus sur la tablette supérieure, et Marie, après avoir relégué mademoiselle Rose

dans un coin, avait donné sa chambre à coucher et son lit mademoiselle Claire, c'était le nom de la

nouvelle poupée, et s'était invitée à passer chez elle une soirée de sucreries. Au reste, Mademoiselle

Claire, en jetant les yeux autour d'elle, en voyant son ménage bien rangé sûr les tablettes, sa table chargée

de bonbons et de pralines, et surtout son petit lit blanc avec son couvre-pieds de satin rose si frais et si

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