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Alexandre Dumas père - Histoire d'un casse-noisette

être fatigu d'entrer et de sortir toujours par le même endroit. Tiens, va-t'en par celle qui est là-bas, et tu
rentreras par celle-ci.

Et Fritz lui montrait de la main les portes des deux tours.

- Mais cela ne se peut pas, répondit le parrain Drosselmayer.

- Alors, reprit Fritz, fais-moi le plaisir de monter l'escalier, de te mettre à la fenêtre à la place de ce
monsieur, et de dire ce monsieur d'aller à la porte à ta place.

- Impossible, mon cher petit Fritz, dit encore le conseiller de médecine.

- Alors les enfants ont dansé assez; il faut qu'ils se promènent tandis que les promeneurs danseront à leur
tour.

- Mais tu n'es pas raisonnable, éternel demandeur! s'écria le parrain qui commençait à se fâcher; comme
la mécanique est faite, il faut qu'elle marche.

- Alors, dit Fritz, je veux entrer dans le château.

- Ah! pour cette fois, dit le président, tu es fou, mon cher enfant; tu vois bien qu'il est impossible que tu
entres dans ce château, puisque les girouettes qui surmontent les plus hautes tours vont à peine à ton

épaule.

Frite se rendit à cette raison et se tut; mais, au bout d'un instant, voyant que les messieurs et les dames se
promenaient sans cesse, que les enfants dansaient toujours, que le monsieur au manteau de fourrures se

montrait et disparaissait intervalles égaux, et que le parrain Drosselmayer ne quittait pas sa porte, il dit

d'un ton fort désillusionné:

- Parrain Drosselmayer, si toutes tes petites figures ne savent pas faire autre chose que ce qu'elles font et
recommencent toujours à faire la même chose, demain tu peux les reprendre, car je ne m'en soucie guère,

et j'aime bien mieux mon cheval, qui court à ma volonté, mes hussards, qui manoeuvrent à mon

commandement, qui vont à droite et à gauche, en avant, en arrière, et qui ne sont enfermés dans aucune

maison, que tous tes pauvres petits bonshommes qui sont obligés de marcher comme la mécanique veut

qu'ils marchent.

Et, à ces mots, il tourna le dos à parrain Drosselmayer et à son château, s'élança vers la table, et rangea en
bataille son escadron de hussards.

Quant à Marie, elle s'était éloignée aussi tout doucement; car le mouvement régulier de toutes les petites
poupées lui avait paru fort monotone. Seulement, comme c'était une charmante enfant, ayant tous les

instincts du coeur, elle n'avait rien dit, de peur d'affliger le parrain Drosselmayer. En effet, à peine Fritz

eut-il le dos tourné, que, d'un air piqué, le parrain Drosselmayer dit an président et à la présidente:

- Allons, allons, un pareil chef-d'oeuvre n'est pas fait pour des enfants, et je m'en vais remettre mon
château dans sa boîte et le remporter.

Mais la présidente s'approcha de lui, et, réparant l'impolitesse de Fritz, elle se fit montrer dans de si
grands détails le chef-d'oeuvre du parrain, se fit expliquer si catégoriquement la mécanique, loua si

ingénieusement ses ressorts compliqués, que non-seulement elle arriva à effacer dans l'esprit du

conseiller de médecine la mauvaise impression produite, mais encore que celui-ci tira des poches de sa

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