bibliotheq.net - littérature française
 

Albert Le Roy - George Sand et ses amis

description des Landes, au chapitre 5 du tome II, mais surtout la peinture du couvent des Augustines,
dirigé par madame de Lancastre, et où d'innombrables détails proviennent du séjour d'Aurore à la

communauté des Anglaises. De l'intrigue même de Rose et Blanche il n'y a rien à retenir. Horace

et Laorens sont deux jeunes hommes sans grand relief. L'un aime la comédienne Rose, qui devient

religieuse. L'autre, après avoir commis envers Blanche, alors idiote, le pire méfait qui se puisse imaginer,

la retrouve le jour où elle va prononcer ses voeux, fait scandale dans la chapelle, la contraint au mariage

et la voit mourir au sortir de la bénédiction nuptiale. Ce n'est ni du roman psychologique, ni du roman

feuilleton qui tienne la curiosité en haleine. Aussi bien George Sand discernait-elle nettement les défauts

de son oeuvre: «Je suis fort aise, écrit-elle à sa mère le 22 février 1832, que mon livre vous amuse. Je me

rends de tout mon coeur à vos critiques. Si vous trouvez la soeur Olympie trop troupière, c'est sa faute

plus que la mienne. Je l'ai beaucoup connue, et je vous assure que, malgré ses jurons, c'était la meilleure

et la plus digne des femmes... En somme, je vous ai dit que je n'avais pas fait cet ouvrage seule. Il y a

beaucoup de farces que je désapprouve: je ne les ai tolérées que pour satisfaire mon éditeur, qui voulait

quelque chose d'un peu égrillard. Vous pouvez répondre cela pour me justifier aux yeux de

Caroline, si la verdeur des mots la scandalise. Je n'aime pas non plus les polissonneries. Pas une seule ne

se trouve dans le livre que j'écris maintenant et auquel je ne m'adjoindrai de mes collaborateurs que le

nom, le mien n'étant pas destiné à entrer jamais dans le commerce du bel esprit.» En effet, lorsqu'elle

rompt avec Jules Sandeau cette courte association intellectuelle, elle garde de lui une partie de son nom

pour en faire George Sand. Désormais elle a trouvé sa voie, son style, sa doctrine sociale, sa conception

romanesque. C'est Indiana qu'elle compose durant l'hiver de 1831-1832. Valentine va

suivre, puis Lélia: toute une série d'oeuvres spontanées et hardies, révélatrices d'un art nouveau et

d'une pensée qui se libère.

CHAPITRE VII. LE ROMAN FÉMINISTE: INDIANA ET VALENTINE

Si, dans un bagage aussi complexe que celui de George Sand, toute classification n'est pas fatalement
artificielle et étroite, il semble qu'on puisse diviser ses romans en quatre périodes ou catégories: le roman

féministe, le roman socialiste, le roman champêtre, et, durant les dernières années, le roman purement

sentimental et romanesque. Sa première manière est une revendication éclatante des droits de la femme.

Dans la douzième des Lettres d'un Voyageur, elle discute le reproche, qui lui est adressé par

Désiré Nisard, d'avoir voulu réhabiliter l'égoïsme des sens, d'avoir fait la métaphysique de la matière et

poursuivi un but antisocial. Elle oppose une dénégation formelle: «Vous dites, monsieur, que la haine du

mariage est le but de tous mes livres. Permettez-moi d'en excepter quatre ou cinq, entre autres

Lélia
, que vous mettez au nombre de mes plaidoyers contre l'institution sociale, et où je ne sache pas
qu'il en soit dit un mot... Indiana ne m'a pas semblé non plus, lorsque je l'écrivais, pouvoir être

une apologie de l'adultère. Je crois que dans ce roman (où il n'y a pas d'adultère commis, s'il m'en

souvient bien), l'amant (ce roi de mes livres), comme vous l'appelez spirituellement a un pire rôle

que le mari. Le Secrétaire intime a pour sujet (si je ne me trompe pas absolument sur mes

intentions) les douceurs de la fidélité conjugale. André n'est ni contre le mariage, ni

pour
l'amour adultère, Simon se termine par l'hyménée, ni plus ni moins qu'un conte de
Perrault ou de madame d'Aulnoy; et enfin dans Valentine, dont le dénoûment n'est ni neuf ni

habile, j'en conviens, la vieille fatalité intervient pour empêcher la femme adultère de jouir, par un

second mariage, d'un bonheur qu'elle n'a pas su attendre.» Mais la critique de Désiré Nisard va plus loin

et revêt un caractère de grief personnel: «Il serait peut-être, écrivait-il, plus héroïque à qui n'a pas eu le

bon lot, de ne pas scandaliser le monde avec son malheur en faisant d'un cas privé une question sociale.»

Pour compléter cet argument ad hominem - ou plutôt ad feminam - Nisard ajoute: «La

ruine des maris, ou tout au moins leur impopularité, tel a été le but des ouvrages de George Sand.» Voici

< page précédente | 45 | page suivante >

 
La plupart des textes et des images de ce site font partie du domaine public. Les droits d'auteur pour la présentation des matériaux
et le design du site appartiennent à bibliotheq.net. Toute suggestion et correction est la bienvenue.