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Adolphe Thiers - Histoire de la Révolution française, 9

DIRECTEURS DÉPORTÉS. - RÉVÉLATIONS TARDIVES ET DISGRACE DE MOREAU. - MORT
DE HOCHE. - REMBOURSEMENT DES DEUX TIERS DE LA DETTE. - LOI CONTRE LES

CI-DEVANT NOBLES. - RUPTURE DES CONFÉRENCES DE LILLE AVEC L'ANGLETERRE. -

CONFÉRENCES D'UDINE. - TRAVAUX DE BONAPARTE EN ITALIE; FONDATION DE LA

RÉPUBLIQUE CISALPINE; ARBITRAGE ENTRE LA VALTELINE ET LES GRISONS;

CONSTITUTION LIGURIENNE; ÉTABLISSEMENT DANS LA MÉDITERRANÉE. - TRAITÉ DE

CAMPO-FORMIO. - RETOUR DE BONAPARTE A PARIS; FÊTE TRIOMPHALE.

CHAPITRE XII

LE GÉNÉRAL BONAPARTE A PARIS; SES RAPPORTS AVEC LE
DIRECTOIRE. - PROJET D'UNE DESCENTE EN ANGLETERRE. - RAPPORTS DE LA FRANCE

AVEC LE CONTINENT. - CONGRÈS DE RASTADT. CAUSE DE LA DIFFICULTÉ DES

NÉGOCIATIONS. - RÉVOLUTION EN HOLLANDE, A ROME ET EN SUISSE. - SITUATION

INTÉRIEURE DE LA FRANCE; ÉLECTIONS DE L'AN VI; SCISSIONS ÉLECTORALES.

NOMINATION DE TREILHARD AU DIRECTOIRE. - EXPÉDITION EN ÉGYPTE, SUBSTITUÉE

PAR BONAPARTE AU PROJECT DE DESCENTE; PRÉPARATIFS DE CETTE EXPÉDITION.

CHAPITRE VII.

SITUATION DU GOUVERNEMENT DANS L'HIVER DE L'AN V (l797). - CARACTÈRES ET
DIVISIONS DES CINQ DIRECTEURS, BARRAS, CARNOT, REWBELL, LETOURNEUR ET

LARÉVELLIÈRE-LÉPAUX. - ÉTAT DE L'OPINION PUBLIQUE. CLUB DE CLICHY. -

INTRIGUES DE LA FACTION ROYALISTE. COMPLOT DÉCOUVERT DE BROTTIER,

LAVILLE-HEURNOIS ET DUVERNE DE PRESLE. - ÉLECTIONS DE L'AN V. - COUP D'OEIL

SUR LA SITUATION DES PUISSANCES ÉTRANGÈRES A L'OUVERTURE DE LA CAMPAGNE

DE 1797.

Les dernières victoires de Rivoli et de la Favorite, la prise de Mantoue, avaient rendu à la France toute sa
supériorité. Le directoire, toujours aussi vivement injurié, inspirait la plus grande crainte aux

puissances. La moitié de l'Europe, écrivait Mallet-Dupan[1], est aux genoux de ce divan, et

marchande l'honneur de devenir son tributaire.

[Note 1: Correspondance secrète avec le gouvernement de Venise.]

Ces quinze mois d'un règne ferme et brillant avaient consolidé les cinq directeurs au pouvoir, mais y
avaient développé aussi leurs passions et leurs caractères. Les hommes ne peuvent pas vivre longtemps

ensemble sans éprouver bientôt du penchant ou de la répugnance les uns pour les autres, et sans se

grouper conformément à leurs inclinations. Carnot, Barras, Rewbell, Larévellière-Lépaux, Letourneur,

formaient déjà des groupes différens. Carnot était systématique, opiniâtre et orgueilleux. Il manquait

entièrement de cette qualité qui donne à l'esprit l'étendue et la justesse, au caractère la facilité. Il était

pénétrant, approfondissait bien le sujet qu'il examinait; mais une fois engagé dans une erreur il n'en

revenait pas. Il était probe, courageux, très appliqué au travail, mais ne pardonnait jamais ou un tort, ou

une blessure faite à son amour-propre; il était spirituel et original, ce qui est assez ordinaire chez les

hommes concentrés en eux-mêmes. Autrefois il s'était brouillé avec les membres du comité de salut

public, car il était impossible que son orgueil sympathisât avec celui de Robespierre et de Saint-Just, et

que son grand courage fléchît devant leur despotisme. Aujourd'hui la même chose ne pouvait manquer de

lui arriver au directoire. Indépendamment des occasions qu'il avait de se heurter avec ses collègues, en

s'occupant en commun d'une tâche aussi difficile que celle du gouvernement, et qui provoque si

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