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Adolphe Thiers - Histoire de la Révolution française, 9

peut avoir à se plaindre seront alors réparés.» Cet avis sage et prévoyant l'avait emporté au directoire.
Rewbell, Barras, Larévellière le firent triompher contre l'avis du systématique Carnot, qui quoique

disposé ordinairement pour la paix, voulait qu'on se fit donner la Louisiane, et qu'on y essayât une

république.

Tels étaient les rapports de la France avec les puissances qui étaient ses alliées ou simplement ses amies.
L'Angleterre et l'Autriche avaient fait, l'année précédente, un traité de triple alliance avec la Russie; mais

la grande et fourbe Catherine venait de mourir. Son successeur, Paul 1er, prince dont la raison était peu

solide, et s'éclairait par lueurs passagères, comme il arrive souvent dans sa famille, avait montré

beaucoup d'égards aux émigrés français, et cependant peu d'empressement à exécuter les conditions du

traité de triple alliance. Ce prince semblait être frappé de la puissance colossale de la république

française, et on aurait dit qu'il comprenait le danger de la rendre plus redoutable en la combattant; du

moins ses paroles à un Français très connu par ses lumières et son esprit, le feraient croire. Sans rompre

le traité, il avait fait valoir l'état de ses armées et de son trésor, et avait conseillé à l'Angleterre et à

l'Autriche la voie des négociations. L'Angleterre avait essayé de décider le roi de Prusse à se jeter dans la

coalition, mais n'y avait pas réussi. Ce prince sentait qu'il n'avait aucun intérêt à venir au secours de son

plus redoutable ennemi, l'empereur. La France lui promettait une indemnité en Allemagne pour le

stathouder, qui avait épousé sa soeur; il n'avait donc rien à désirer pour lui-même. Il voulait seulement

empêcher que l'Autriche, battue et dépouillée par la France, ne s'indemnisât de ses pertes en Allemagne;

il aurait même désiré s'opposer à ce qu'elle reçût des indemnités en Italie: aussi avait-il déclaré que

jamais il ne consentirait à ce que l'Autriche reçût la Bavière en échange des Pays-Bas, et il faisait en

même temps proposer son alliance à la république de Venise, lui offrant de la garantir, dans le cas où la

France et l'Autriche voudraient s'accommoder à ses dépens. Son but était donc d'empêcher que

l'empereur ne trouvât des équivalens pour les pertes qu'il faisait en luttant contre la France.

La Russie n'intervenant pas encore dans la lutte, et la Prusse persistant dans la neutralité, l'Angleterre et
l'Autriche restaient seules en ligne. L'Angleterre était dans une situation fort triste; elle ne redoutait plus,

pour le moment du moins, une expédition en Irlande, mais sa banque était menacée, plus sérieusement

que jamais; elle ne comptait pas du tout sur l'Autriche, qu'elle voyait hors d'haleine, et elle s'attendait à

voir la France, après avoir vaincu le continent, l'accabler elle-même de ses forces réunies. L'Autriche,

malgré l'occupation de Kehl et d'Huningue, sentait qu'elle s'était perdue en s'opiniâtrant contre deux têtes

de pont, et en ne portant pas toutes ses forces en Italie. Les désastres de Rivoli et de la Favorite, la prise

de Mantoue, la mettaient dans un péril imminent. Elle était obligée de dégarnir le Rhin, et de se réduire,

sur cette frontière, à une véritable infériorité, pour porter ses forces et son prince Charles du côté de

l'Italie. Mais pendant l'intervalle que ses troupes mettraient à faire le trajet du Haut-Rhin à la Piave et à

l'Izonzo, elle était exposée sans défense aux coups d'un adversaire qui savait saisir admirablement les

avantages du temps.

Toutes ces craintes étaient fondées; la France lui préparait, en effet, des coups terribles que la campagne
que nous allons voir s'ouvrir ne tarda pas à réaliser.

CHAPITRE VIII.

ÉTAT DE NOS ARMÉES A L'OUVERTURE DE LA CAMPAGNE DE 1797 - MARCHE DE
BONAPARTE CONTRE LES ÉTATS ROMAINS. - TRAITÉ DE TOLENTINO AVEC LE PAPE. -

NOUVELLE CAMPAGNE CONTRE LES AUTRICHIENS. - PASSAGE DU TAGLIAMENTO.

COMBAT DE TARWIS. - RÉVOLUTION DANS LES VILLES DE BERGAME, BRESCIA ET

AUTRES VILLES DES ÉTATS DE VENISE. - PASSAGE DES ALPES JULIENNES PAR

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