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Adolphe Thiers - Histoire de la Révolution française, 8

Ulm, et, de cette base, eût menacé Vienne et ébranlé le trône impérial[6].

[Note 6: Il faut lire à cet égard les raisonnemens qu'a faits Napoléon, et qu'il a appuyés de si grands
exemples.]

Conformément au plan de Carnot, Moreau devait appuyer sur le Haut-Rhin et le Haut-Danube, et
Jourdan vers la Bohême. On donnait à Moreau une raison de plus d'appuyer sur ce point, c'était la

possibilité de communiquer avec l'armée d'Italie par le Tyrol, ce qui supposait l'exécution du plan

gigantesque de Bonaparte, justement désapprouvé par le directoire. Comme Moreau voulait en même

temps ne pas être trop détaché de Jourdan, et lui donner la main gauche tandis qu'il tendait la droite à

l'armée d'Italie, on le vit sur les bords du Necker, occuper une ligne de cinquante lieues. Jourdan, de son

côté, chargé de déborder Wartensleben, était forcé de s'éloigner de Moreau; et comme Wartensleben,

général routinier, ne comprenant en rien la pensée de l'archiduc, au lieu de se rapprocher du Danube, se

portait vers la Bohême pour la couvrir, Jourdan, pour le déborder, était forcé de s'étendre toujours

davantage. On voyait ainsi les armées ennemies faire, chacune de leur côté, le contraire de ce qu'elles

auraient dû. Il y avait cependant cette différence entre Wartensleben et Jourdan, que le premier manquait

à un ordre excellent, et que le second était obligé d'en suivre un mauvais. La faute de Wartensleben était

à lui, celle de Jourdan au directeur Carnot.

Moreau livra un combat à Canstadt pour le passage du Necker, et s'enfonça ensuite dans les défilés de
l'Alb, chaîne de montagnes qui sépare le Necker du Danube, comme les Montagnes Noires le séparent du

Rhin. Il franchit ces défilés et déboucha dans la vallée du Danube, vers le milieu de thermidor (fin de

juillet), après un mois de marche. Jourdan, après avoir passé des bords de la Lahn sur ceux du Mein, et

avoir livré un combat à Friedberg, s'arrêta devant la ville de Francfort, qu'il menaça de bombarder si on

ne la lui livrait sur-le-champ. Les Autrichiens n'y consentirent qu'à la condition d'une suspension d'armes

de deux jours. Cette suspension leur permettait de franchir le Mein, et de se donner une avance

considérable; mais elle sauvait une ville intéressante, et dont les ressources pouvaient être utiles à

l'armée: Jourdan y consentit. La place fut remise le 28 messidor (16 juillet). Jourdan frappa des

contributions sur cette ville, mais y mit une grande modération, et déplut même à l'armée par les

ménagemens qu'il montra pour le pays ennemi. Le bruit de l'opulence au milieu de laquelle vivait l'armée

d'Italie, avait excité les imaginations, et on voulait vivre de même en Allemagne. Jourdan remonta

ensuite le Mein, s'empara de Wurtzbourg le 7 thermidor (27 juillet), puis déboucha au-delà des

montagnes de Souabe, sur les bords de la Naab, qui tombe dans le Danube. Il était à peu près sur la

hauteur de Moreau, et à la même époque, c'est-à-dire vers le milieu de thermidor (commencement

d'août). La Souabe et la Saxe avaient accédé à la neutralité, envoyé des agens à Paris pour traiter de la

paix, et consenti à des contributions. Les troupes saxonnes et souabes se retirèrent, et affaiblirent ainsi

l'armée autrichienne d'une douzaine de mille hommes, à la vérité peu utiles et se battant sans zèle.

Ainsi, vers le milieu de l'été, nos armées, maîtresses de l'Italie, qu'elles dominaient tout entière,
maîtresses d'une moitié de l'Allemagne, qu'elles avaient envahie jusqu'au Danube, menaçaient l'Europe.

Depuis deux mois la Vendée était soumise. Des cent mille hommes répandus dans l'Ouest, on pouvait en

détacher cinquante mille pour les porter où l'on voudrait. Les promesses du gouvernement directorial ne

pouvaient être plus glorieusement accomplies.

CHAPITRE IV.

ÉTAT INTÉRIEUR DE LA FRANCE VERS LE MILIEU DE L'ANNÉE 1796 (AN IV). - EMBARRAS
FINANCIERS DU GOUVERNEMENT, CHUTE DES MANDATS ET DU PAPIER-MONNAIE. -

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