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Adolphe Thiers - Histoire de la Révolution française, 8

l'Autriche voulait la paix, elle n'avait qu'à en faire la proposition directe: que la France voulait traiter
individuellement avec tous ses ennemis, et s'entendre avec eux sans intermédiaire. Cette réponse était

juste; car un congrès compliquait la paix avec l'Autriche de la paix avec l'Angleterre et l'Empire, et la

rendait impossible. Du reste, l'Autriche ne désirait pas d'autre réponse; car elle ne voulait pas négocier.

Elle avait trop perdu, et ses derniers succès lui faisaient trop espérer, pour qu'elle consentît à déposer les

armes. Elle tâcha de rendre le courage au roi de Piémont, épouvanté de la victoire de Loano, et lui

promit, pour la campagne suivante, une armée nombreuse et un autre général. Les honneurs du triomphe

furent décernés à Clerfayt à son entrée à Vienne; sa voiture fut traînée par le peuple, et les faveurs de la

cour vinrent se joindre aux démonstrations de l'enthousiasme populaire.

Ainsi s'acheva, pour toute l'Europe, la quatrième campagne de cette guerre mémorable.

CHAPITRE II.

CONTINUATION DES TRAVAUX ADMINISTRATIFS DU DIRECTOIRE. - LES PARTIS SE
PRONONCENT DANS LE SEIN DU CORPS LÉGISLATIF. - INSTITUTION D'UNE FÊTE

ANNIVERSAIRE DU 21 JANVIER. - RETOUR DE L'EX-MINISTRE DE LA GUERRE

BEURNONVILLE, ET DES REPRÉSENTANS QUINETTE, CAMUS, BANCAL, LAMARQUE ET

DROUET, LIVRÉS A L'ENNEMI PAR DUMOURIEZ. - MÉCONTENTEMENT DES JACOBINS.

JOURNAL DE BABOEUF. - INSTITUTION DU MINISTÈRE DE LA POLICE. - NOUVELLES

MOEURS. - EMBARRAS FINANCIERS; CRÉATION DES MANDATS. - CONSPIRATION DE

BABOEUF. - SITUATION MILITAIRE. PLANS DU DIRECTOIRE. - PACIFICATION DE LA

VENDÉE; MORT DE STOFFLET ET DE CHARETTE.

Le gouvernement républicain était rassuré et affermi par les événemens qui venaient de terminer la
campagne. La convention, en réunissant la Belgique à la France, et en la comprenant dans le territoire

constitutionnel, avait imposé à ses successeurs l'obligation de ne pactiser avec l'ennemi qu'à la condition

de la ligne du Rhin. Il fallait de nouveaux efforts, il fallait une nouvelle campagne, plus décisive que les

précédentes, pour contraindre la maison d'Autriche et d'Angleterre à consentir à notre agrandissement.

Pour parvenir à ce but, le directoire travaillait avec énergie à compléter les armées, à rétablir les finances,

et à réprimer les factions.

Il mettait le plus grand soin à l'exécution des lois relatives aux jeunes réquisitionnaires; et les obligeait à
rejoindre les armées, avec la dernière rigueur. Il avait fait annuler tous les genres d'exceptions, et avait

formé dans chaque canton des commissions de médecins, pour juger les cas d'infirmité. Une foule de

jeunes gens s'étaient fourrés dans les administrations, où ils pillaient la république, et montraient le plus

mauvais esprit. Les ordres les plus sévères furent donnés pour ne souffrir dans les bureaux que des

hommes qui n'appartinssent pas à la réquisition. Les finances attiraient surtout l'attention du directoire: il

faisait percevoir l'emprunt forcé de 600 millions avec une extrême activité. Mais il fallait attendre les

rentrées de cet emprunt, l'aliénation du produit des forêts nationales, la vente des biens de trois cents

arpens, la perception des contributions arriérées, et, en attendant, il fallait pourtant suffire aux dépenses,

qui malheureusement se présentaient toutes à la fois, parce que l'installation du gouvernement nouveau

était l'époque à laquelle on avait ajourné toutes les liquidations, et parce que l'hiver était le moment

destiné aux préparatifs de campagne. Pour devancer l'époque de toutes ces rentrées, le directoire avait été

obligé d'user de la ressource qu'on avait tenu à lui laisser, celle des assignats. Mais il en avait déjà émis

en un mois près de 12 ou 15 milliards, pour se procurer quelques millions en numéraire; et il était déjà

arrivé au point de ne pouvoir les faire accepter nulle part. Il imagina d'émettre un papier courant et à

prochaine échéance, qui représentât les rentrées de l'année, comme on fait en Angleterre avec les bons de

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