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Adolphe Thiers - Histoire de la Révolution française, 10

Alpes, deux partis aux prises et un gouvernement ennemi. Elle avait, sur la cour de Piémont, le droit que
les défenseurs d'une place ont sur tous les bâtimens qui en gênent ou en compromettent la défense. Il fut

décidé qu'on forcerait le roi de Piémont à abdiquer. On soutint les républicains, et on les aida à s'emparer

de Novarre, Alexandrie, Suze, Chivasso. On dit alors au roi qu'il ne pouvait plus vivre dans des états qui

se révoltaient, et qui allaient être bientôt le théâtre de la guerre: on lui demanda son abdication, en lui

laissant l'île de Sardaigne. L'abdication fut signée le 19 frimaire (9 décembre 1798). Ainsi les deux

princes les plus puissans de l'Italie, celui de Naples et de Piémont, n'avaient plus, de leurs états, que deux

îles. Dans les circonstances qui se préparaient, on ne voulut pas se donner l'embarras de créer une

nouvelle république, et en attendant le résultat de la guerre, il fut décidé que le Piémont serait

provisoirement administré par la France. Il ne restait plus à envahir en Italie que la Toscane. Une simple

signification suffisait pour l'occuper; mais on différait cette signification, et on attendait, pour la faire,

que l'Autriche se fût ouvertement déclarée.

CHAPITRE XV. ÉTAT DE L'ADMINISTRATION DE LA RÉPUBLIQUE ET DES ARMÉES AU
COMMENCEMENT DE 1799. - PRÉPARATIFS MILITAIRES. - LEVÉE DE 200 MILLE

CONSCRITS. - MOYENS ET PLANS DE GUERRE DU DIRECTOIRE ET DES PUISSANCES

COALISÉES. - DÉCLARATION DE GUERRE A L'AUTRICHE. - OUVERTURE DE LA

CAMPAGNE DE 1799. - INVASION DES GRISONS. - COMBAT DE PFULLENDORF. - BATAILLE

DE STOCKACH. - RETRAITE DE JOURDAN. - OPÉRATIONS MILITAIRES EN ITALIE. -

BATAILLE DE MAGNANO; RETRAITE DE SCHÉRER. - ASSASSINAT DES

PLÉNIPOTENTIAIRES FRANÇAIS A RASTADT. - EFFETS DE NOS PREMIERS REVERS. -

ACCUSATIONS MULTIPLIÉES CONTRE LE DIRECTOIRE. - ÉLECTIONS DE L'AN VII. -

SIÈYES EST NOMMÉ DIRECTEUR, EN REMPLACEMENT DE REWBELL.

Tel était l'état des choses au commencement de l'année 1799. La guerre, d'après les événemens que nous
venons de rapporter, n'était plus douteuse. D'ailleurs les correspondances interceptées, la levée de

boucliers de la cour de Naples, qui n'aurait pas pris l'initiative sans la certitude d'une intervention

puissante, les préparatifs immenses de l'Autriche, enfin l'arrivée d'un corps russe en Moravie, ne

laissaient plus aucune incertitude. On était en nivôse (janvier 1799), et il était évident que les hostilités

seraient commencées avant deux mois. Ainsi l'incompatibilité des deux grands systèmes que la

révolution avait mis en présence était prouvée par les faits. La France avait commencé l'année 1798 avec

trois républiques à ses côtés, les républiques batave, cisalpine et ligurienne, et déjà il en existait six à la

fin de cette année, par la création des républiques helvétique, romaine et parthénopéenne. Cette extension

avait été moins le résultat de l'esprit de conquête, que de l'esprit de système. On avait été obligé de

secourir les Vaudois opprimés: on avait été provoqué à Rome à venger la mort du malheureux Duphot,

immolé en voulant séparer les deux partis: à Naples on n'avait fait que repousser une agression. Ainsi on

avait été forcément conduit à rentrer en lutte, il est constant que le directoire, quoique ayant une immense

confiance dans la puissance française, désirait cependant la paix, pour des raisons politiques et

financières; il est constant aussi que l'empereur, tout en désirant la guerre, voulait l'éloigner encore.

Cependant tous s'étaient conduits comme s'ils avaient voulu rentrer immédiatement en lutte, tant était

grande l'incompatibilité des deux systèmes.

La révolution avait donné au gouvernement français une confiance et une audace extraordinaire. Le
dernier événement de Naples, quoique peu considérable en lui-même, venait de lui persuader encore que

tout devait fuir devant les baïonnettes françaises. C'était du reste l'opinion de l'Europe. Il ne fallait rien

moins que l'immensité des moyens réunis contre la France, pour donner à ses ennemis le courage de se

mesurer avec elle. Mais cette confiance du gouvernement français dans ses forces était exagérée, et lui

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