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Adolphe Thiers - Histoire de la Révolution française, 10

avec honneur comme les braves, dont les noms sont inscrits sur cette
pyramide, ou vous retournerez dans votre patrie couverts de lauriers

et de l'admiration de tous les peuples.

«Depuis cinq mois que nous sommes éloignés de l'Europe, nous avons
été l'objet perpétuel des sollicitudes de nos compatriotes. Dans ce

jour, quarante millions de citoyens célèbrent l'ère des gouvernemens

représentatifs, quarante millions de citoyens pensent à vous; tous

disent: C'est à leurs travaux, à leur sang que nous devons la paix

générale, le repos, la prospérité du commerce et les bienfaits de la

liberté civile.»

CHAPITRE XIV. EFFET DE L'EXPÉDITION D'ÉGYPTE EN EUROPE. CONSÉQUENCES
FUNESTES DE LA BATAILLE NAVALE D'ABOUKIR. - DÉCLARATION DE GUERRE DE LA

PORTE. - EFFORTS DE L'ANGLETERRE POUR FORMER UNE NOUVELLE COALITION. -

CONFÉRENCES AVEC L'AUTRICHE A SELZ. PROGRÈS DES NÉGOCIATIONS DE RASTADT. -

NOUVELLES COMMOTIONS EN HOLLANDE, EN SUISSE ET DANS LES RÉPUBLIQUES

ITALIENNES. CHANGEMENT DE LA CONSTITUTION CISALPINE; GRANDS EMBARRAS DU

DIRECTOIRE A CE SUJET. - SITUATION INTÉRIEURE. UNE NOUVELLE OPPOSITION SE

PRONONCE DANS LES CONSEILS. - DISPOSITION GÉNÉRALE A LA GUERRE. LOI SUR LA

CONSCRIPTION. - FINANCES DE L'AN VII. - REPRISE DES HOSTILITÉS. INVASION DES

ÉTATS ROMAINS PAR L'ARMÉE NAPOLITAINE. - CONQUÊTE DU ROYAUME DE NAPLES

PAR LE GÉNÉRAL CHAMPIONNET. - ABDICATION DU ROI DE PIÉMONT.

L'expédition d'Égypte resta un mystère en Europe longtemps encore après le départ de notre flotte. La
prise de Malte commença à fixer les conjectures. Cette place réputée imprenable et enlevée en passant,

jeta sur les argonautes français un éclat extraordinaire. Le débarquement en Égypte, l'occupation

d'Alexandrie, la bataille des Pyramides, frappèrent toutes les imaginations en France et en Europe. Le

nom de Bonaparte, qui avait paru si grand quand il arrivait des Alpes, produisit un effet plus singulier et

plus étonnant encore arrivant des contrées lointaines de l'Orient. Bonaparte et l'Égypte étaient le sujet de

toutes les conversations. Ce n'était rien que les projets exécutés; on en supposait de plus gigantesques

encore. Bonaparte allait, disait-on, traverser la Syrie et l'Arabie, et se jeter sur Constantinople ou sur

l'Inde.

La malheureuse bataille d'Aboukir vint, non pas détruire le prestige de l'entreprise, mais réveiller toutes
les espérances des ennemis de la France, et hâter le succès de leurs trames. L'Angleterre, qui était

extrêmement alarmée pour sa puissance commerciale, et qui n'attendait que le moment favorable pour

tourner contre nous de nouveaux ennemis, avait rempli Constantinople de ses intrigues. Le

Grand-Seigneur n'était pas fâché de voir punir les Mameluks, mais il ne voulait pas perdre l'Égypte. M.

de Talleyrand, qui avait dû se rendre auprès du divan pour lui faire agréer des satisfactions, n'était point

parti. Les agens de l'Angleterre eurent le champ libre; ils persuadèrent à la Porte que l'ambition de la

France était insatiable; qu'après avoir troublé l'Europe, elle voulait bouleverser l'Orient, et qu'au mépris

d'une antique alliance, elle venait envahir la plus riche province de l'empire turc. Ces suggestions et l'or

répandu dans le divan n'auraient pas suffi pour le décider, si la belle flotte de Brueys avait pu venir

canonner les Dardanelles; mais la bataille d'Aboukir priva les Français de tout leur ascendant dans le

Levant, et donna à l'Angleterre une prépondérance décidée. La Porte déclara solennellement la guerre à

la France[1], et, pour une province perdue depuis long-temps, se brouilla avec son amie naturelle, et se

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